La Pleine Conscience ou comment j’ai décidé de créer ce blog

Tout a commencé comme ça.

A :  « Tampon ce soir ?» Tampon c’est le nom – chic – qu’on emploie avec mes ex-collègues mais néanmoins copines pour désigner un verre (ou deux, ou trois, hein) qui vient se caler entre le boulot et la vie normale. Sauf que souvent, ça dérape et la vie normale = dodo parce que demain y’a école.

Moi : «Non, j’peux pas ce soir. J’ai un truc de boulot.» Le truc de boulot, ça arrive au moins une fois par semaine. Parfois plus. Il faut dire, je suis journaliste dans l’événementiel.

A : «C’est quoi ?»

Moi : «Un truc de babos. Un dîner silencieux.»

A : «…» Là, j’ai réussi à moucher A. C’est pas tous les jours que ça arrive.

Moi : « C’est un dîner durant lequel tu ne parles pas pour te concentrer sur les choses qui t’entourent et les ressentir en Pleine Conscience.»

A : « Tu veux dire que, TOI, tu vas passer TOUTE une soirée, SANS PARLER ?» Ok. Là, c’est A. qui m’a mouchée.

C’est assez intriguée que j’arrive à l’Electric ce lundi 30 juin. Après une véritable cohue pour récupérer mon bracelet, je patiente dans le sas. J’ai faim, soif et mal au dos à force d’être debout (je vous ai dit que j’étais journaliste ? Journaliste dans l’événementiel). Autour de moi, les gens pépient comme si on s’apprêtait à leur couper la langue. Première mauvaise nouvelle, TOUT le monde a respecté le dress code. Moi, c’est un principe de vie, je ne respecte JAMAIS les dress code. C’est so 2001. Enfin, surtout quand je les découvre le lundi matin en arrivant au bureau et que l’événement a lieu le soir même. Bref, j’ai l’impression que tous les regards sont braqués sur moi : «Mais pourquoi porte-t-elle une robe grise alors que le dress code précisait haut noir ou blanc ???». La grande prêtresse des lieux fait enfin son apparition et nous explique le concept de ce dîner durant lequel il est interdit de parler. «S’il y a des choses que vous trouvez incohérentes, faites avec », conclut-elle avant de nous laisser pénétrer de l’autre côté du rideau, dans l’antre du silence. Avant de prendre place autour des tables, nous arpentons la table en «mettant notre conscience dans nos talons » afin de ressentir chacun de nos pas s’enfoncer dans le sol. J’ai faim. Une fois à table, j’ose à peine observer mes voisins. En face de moi, un homme, à mes côtés deux femmes. On échange des sourires timides, on se sert un peu de vin histoire de briser la glace. En silence. S’en suivent l’étude approfondie d’un raisin sec, puis d’une fleur et enfin l’entrée nous est servie. On entend les mouches voler. Enfin non, justement, on ne les entend plus à cause des bruits de fourchettes raclant les assiettes qui viennent briser le silence quasi monacal jusqu’alors uniquement interrompu par la voix de notre hôtesse qui prodigue conseils et recettes pour nous aider à prendre le chemin de la Pleine Conscience. Une fois l’entrée débarrassée, c’est l’heure de la grande phase de médiation. Et c’est aussi maintenant que vous allez comprendre pourquoi je vous raconte tout ça.

Au bout de quinze minutes avec un bandeau sur les yeux à écouter des airs d’opéra, mon esprit se met à divaguer. Je réfléchis à toutes les choses qui me passent par l’esprit et qu’il serait sympa de mettre par écrit. Je pense à ma voisine, également une journaliste (ne me demandez pas pour quel support, il est interdit de parler) qui prend des notes comme une dingue. Et c’est là que j’ai vu la lumière, j’y ai baigné mon âme (désolée pour la référence, j’avais 15 ans en 1999) : je vais créer un blog où je pourrais partager toutes ces choses qui me traversent l’esprit. Forte de cette idée de génie (si, si), je reprends peu à peu conscience du monde qui m’entoure (gros fail de la Pleine Conscience, donc). Si je garde encore ce bandeau plus de deux minutes sur les yeux, je vais devenir folle. Je me contorsionne du visage (si, si), afin d’observer mes voisins. Peut-être suis-je la seule à avoir gardé mon bandeau ? Et bien non. Mes voisins, en état de Pleine Conscience, eux, ont toujours les yeux bandés. Quelques secondes plus tard, la grande prêtresse nous redonne la vue et le plat nous est servi. Le dîner continue, dans un silence relatif que viennent troubler quelques pouffements étouffés. Quelques minutes plus tard, les convives s’agitent à la table derrière nous. Ils semblent sortir de sous leurs coussins des feuilles de papier sur lesquelles sont inscrites des citations. Nous sommes désormais invités à placer notre conscience sous nos fesses pour en extraire la citation qui nous a été attribuée. Conscience de nos fesses qui ne tardera pas à se transformer en  avions volant de table en table. 23h00. La tension commence à se faire sentir. Non mais c’est vrai, je ne sais pas si vous êtes déjà resté deux heures dans le plus grand silence dans une pièce bourrée de monde mais c’est finalement assez stressant. Voilà le dessert, puis le retour des chanteuses d’opéra que nous sommes enfin autorisés à applaudir. La parole nous est finalement rendue, des gens poussent des cris – pourquoi faut-il toujours que certains se fassent remarquer ? Je bondis de ma chaise et me rue hors de la salle, téléphone à la main, pour m’empresser de raconter cette expérience à qui voudra bien m’entendre.

En conclusion, vous l’aurez compris, on peut dire que la Pleine Conscience, ce n’est pas un truc pour moi. Certes. Mais grâce à cette expérience – aussi saugrenue soit-elle -, vous avez gagné un nouveau blog à lire et moi mon premier post. Alors vive la Pleine Conscience !

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